Les textes
Le Hatha Yoga

Présentation

Pratiquer le Hatha-Yoga, c’est apprendre à mieux habiter son corps et son esprit.
Depuis l’enfance, nous apprenons tout ce qui est extérieur à l’être humain, et le Hatha-Yoga nous apprend à découvrir, de façon expérimentale, l’intérieur de notre propre être.


Ha soleil - Tha lune ou l’union des contraires


Le Hatha-Yoga est un moyen de purification qui permet d’équilibrer l’énergie de notre corps à partir des postures (asana), du contrôle du souffle (pranayama), de la concentration (dharana) et de la méditation (Dhyana).

Le Hatha-Yoga, nous amène, par une pratique régulière et complète vers un mieux être non seulement physique mais aussi mental et progressivement vers une sensibilisation aux différents plans qui sont le propre de la nature humaine, c’est-à-dire du plus dense au plus subtil (spirituel).

Son aspect extérieur (asana) le fait considérer comme une gymnastique spéciale alors qu’il repose sur une loi précise d’absence de séparation entre le corps et l’esprit qui ont en commun l’activité du souffle (prâna, énergie vitale) et qui soutient le vivant.

Dans le Hatha-Yoga (ou Yoga de l’effort), il y a intervention de la volonté mais qui est volonté non agressive. Il est d’ailleurs souvent question pendant la séance de doser l’effort, c’est à dire d’adapter l’effort aux aptitudes de chacun et du moment.

Selon les textes traditionnels, le Hatha-Yoga proposerait 88 000 postures !

Le Hatha-Yoga n’est ni une seule technique de relaxation, ni une seule technique de travail corporel et d’étirement, il est les deux à la fois.

C’est aussi un ensemble de règles de vie.

Deux catégories de personnes peuvent choisir de pratiquer cette discipline :
- Celles qui désirent suivre un chemin d’éveil spirituel,
- Celles qui veulent simplement en recueillir les bienfaits physiques et mentaux.

Pratiqué régulièrement, le Hatha-Yoga améliore effectivement les fonctions vitales de l’organisme et stabilise le mental.
Le temps de pratique vise à obtenir une détente totale ; temps de silence, d’immobilité dans un monde ou l’hypersollicitation du physique et du mental finit par nuire.

Lorsque le mental est calme, le pratiquant découvre en lui de nouvelles ressources, une créativité lui permettant de résoudre les conflits intérieurs et extérieurs.


Auteur inconnu.


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Hatha yoga, une pratique où notre corps devient instrument de spiritualité


" Connais-toi, toi-même " disaient les Anciens.
Par la pratique du hatha yoga notre corps devient instrument de spiritualité et nous conduit à expérimenter les plans physique, énergétique, affectif, mental et spirituel.
L’homme est un Tout.

C’est cela qui en fait sa richesse et sa complexité.
La pratique du yoga nous apprend à déchiffrer les langages du corps.
Le corps est notre instrument de musique qu’il nous faut accorder à chaque pratique de hatha yoga...
pour transformer ce "corps que l’on a" et devenir "ce corps qu’on est" comme le disait K.G. Durkheim.

Mais tout d’abord que signifie Hatha Yoga ?

Le mot sanskrit yoga est dérivé de la racine Yuj qui signifie unir, lier ensemble, atteler i qui a donné en latin "jungo", joindre...

Mais joindre quoi, s’unir à qui...

Si l’on s’en référe au texte "Goraksa paddhati" qui explique le mot hatha par Ha = soleil et Tha = Lune,
on peut définir le Hatha Yoga comme l’union du soleil et de la lune, et par extension, définir cette pratique comme une discipline basée sur cette recherche: joindre le Ha et le Tha, le soleil et la lune, le masculin et le féminin, Shiva et Shakti, pingalâ et idâ, le côté droit et le côté gauche,

Pour retrouver notre plénitude, notre Unité, pour que notre incomplétude d’homme ou de femme trouve le chemin de cette unité primordiale, ce chemin qui conduit de "la dualité à l’unité", "de l’humain au divin "...
En unissant ces deux notions polaires et contradictoires, l’homme ou la femme accéde à l’état de non-dualité en transcendant le monde phénoménal, et reconquiert la plénitude qui précéde toute création en réintégrant dans son propre être son statut d’Androgyne primordial, théme que l’on retrouve dans les mythes de toutes contrées et même dans la genése.



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De la Dualité à l’Unité

Séparés, l’homme et la femme symbolisent l’incomplétude : chacun n’est que la moitié, stérile, de l’androgyne primordial, bisexué, qui fut coupé en deux à l’aube des temps,
et condamné à traverser la vie dans l’angoisse de la séparation, en aspirant sans cesse à retrouver la partie de lui-même qui lui a été enlevée.

Même quand l’homme et la femme s’unissent dans l’acte d’amour, leur union demeure incompléte et temporelle.
Aussi la plupart des traditions spirituelles enseignent que la complétude ne peut-être atteinte qu’en nous-même, par le mariage des principes mâle et femelle que chaque être humain porte en lui.
Toutes les émotions et caractéristiques humaines ont leur opposé, par lequel elles sont partiellement définies,
comme par exemple le bien et le mal, la joie et la tristesse, mais aussi la gauche et la droite, l’inspiration et l’expiration, l’activité et la passivité, la vie et la mort, l’intérieur et l’extérieur, moi et l’autre...

Sans la lumiére, on ne pourrait concevoir les ténébres; sans la femme, l’homme pourrait-il exister ?...
La dualité appartient à l’humain ; elle le caractérise et c’est d’elle que viennent principalement ses souffrances.
Pourtant c’est en l’acceptant, qu’il peut la transcender. Cette dualité reconnue, acceptée, sublimée, peut alors devenir un moyen pour nous révéler notre unité primordiale, sans attribut, l’Un.

Ce point de vue, on le retrouve au XXe siécle, énoncé différemment bien sûr, dans les écrits du psychanalyste Jung. Quand Jung écrit que chaque être humain doit fonder un couple avec son identité profonde, et qu’ainsi, lors de l’union de deux personnes, il y a en fait quatre fiancés...
Jung met par là en évidence l’union de chaque homme avec son anima, avec l’âme féminine et lunaire qui l’habite, et l’union de chaque femme avec son animus, avec son âme masculine et solaire.
Ainsi, pour lui, dans l’union de deux personnes, sont impliqués non seulement deux êtres conscients, mais aussi cette union de chaque homme avec son anima et de chaque femme avec son animus.
C’est en réalisant ces " noces intérieures " que l’être humain, homme ou femme, peut se trouver ou se retrouver...

L’expression bouddhiste "Quand les contraires apparaissent, l’esprit de Bouddha est perdu" fait référence aux limites de la perception duelle.
En établissant des distinctions, nous cessons de voir que tous les opposés proviennent, en fait, de la même source et que, en vérité, la Création est Une.

Les contraires et le monde matériel qu’il constitue sont limités ; l’Esprit Éveillé peut percevoir à travers cette apparente dualité, l’unité fondamentale du Tout.

La plupart des traditions se retrouvent pour affirmer que les opposés sont apparus lorsque la Réalité Primitive Unique s’est fragmentée dans une apparente multiplicité, pour créer le monde des formes.
Chaque fragment est incomplet en lui-même et aspire à retrouver la totalité dont il est issu.

"Il divisa son corps en deux moitiés, l’une était mâle et l’autre était femelle.

Le mâle dans cette femelle procréa l’Univers." Manu Smriti 1, 32.
Et l’on voit, que quelles que soient les traditions, pour que l’être humain se réalise, il faut qu’il prenne conscience de ses deux polarités, féminine et masculine.
En refusant une de ces polarités, l’homme qui ne se perçoit que masculin, ou la femme que féminin, vivra en permanence ce manque au niveau inconscient...
Moitié de lui-même, (ou d’elle même) il ne pourra se réaliser.
C’est en reconnaissant, en acceptant, en transcendant cette dualité, fondement même de notre statut d’être humain que l’on pourra accéder à notre véritable nature...


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Le yoga n’est pas une religion, c’est une pratique basée sur une expérience...

Mais quelle est notre vraie nature ?
En considérant l’homme comme une fin en lui-même, on a fini par ne plus guére chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature...
" mais l’humain ne vit pas que de pain ; l’humain vit de tout ce qui sort de la bouche de IHVHi " (Deutéronome 8,3)
et si la satisfaction des besoins naturels est légitime, elle ne doit pas devenir exclusive et masquer les nécessités spirituelles,
qui, pour être situées sur un autre plan, n’en sont pas moins tout autant vitales.
On retrouve cet enseignement dans la Bhagavad Gitâ (chant XVI, 24) : "Que les écritures soient donc une régle de conduite pour toi,
qu’elles t’apprennent ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. "

L’homme a-t-il une nature divine ?
Une question est posée: sommes-nous des êtres humains venus vivre une expérience spirituelle, ou des êtres spirituels venus vivre une expérience humaine?....
II convient toujours de revenir à la phrase célébre de Nicolas Berdiaev : " Dieu n’est en rien semblable à l’idée qu’on s’en fait, absolument en rien ".
Attention aux mots, ils sont souvent trompeurs...
On souhaiterait parfois que le mot Dieu ne soit plus employé en raison de son mauvais usage. Aucun discours sur Dieu ne saurait être retenu car un Dieu qui peut être connu n’est plus Dieu.

Refuser le mystére équivaudrait à refuser la vie.
Or le mystére a été merveilleusement formulé par Maître Eckhart, quand il dit : " Dieu et moi-même sommes Un.
Tel est le mystére de la déification de l’homme. "

Le yoga n’est pas une religion. Le yoga est avant tout une pratique basée sur une expérience...
On n’acquiert un élargissement du champ de conscience que par un travail quotidien sur Soi.
C’est lui essentiellement qui nous conduit vers la " personne " que chacun Est en profondeur.

Comme il est écrit dans le Yoga-Sûtra de Patanjali (I, 2, 3) selon la célébre traduction de Gérard Blitz: " Le yoga est l’arrêt des perturbations du mental.
Alors se révéle notre Centre, établi en soi-même. "



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Le corps comme instrument d’évolution spirituelle

L’homme est incarné ; il n’est pas que "pur esprit".

Mystére de la vie, Mystére de l’incarnation... Si l’homme est incarné, ce n’est pas un hasard. Ou alors, il s’agit du fameux hasard dont Albert Einstein disait qu’il est le nom que prend Dieu quand il veut rester anonyme...

Le corps... C’est notre lieu privilégié d’apprentissage, de transformation, mais c’est aussi le lieu où s’expriment nos paradoxes, nos angoisses...
C’est notre champ d’expériences, l’empreinte de notre histoire... Selon que l’on apprenne ou non à l’écouter, à le respecter, il devient notre ami ou ennemi.
Et c’est en cela que la pratique du yoga peut nous aider.

L’évolution intérieure authentique n’advient que par une pratique quotidienne, où se mêlent le visible et l’invisible, la volonté et l’acceptation.
Pour montrer la valeur de l’expérience, on sait tous qu’on peut décrire le goût du lait pendant des heures à quelqu’un qui n’en a jamais goûté...
Les paroles ou les écrits seront incapables d’en donner le goût. H faut le savourer.
Aprés il devient possible d’en connaître la douceur.
II en est ainsi pour la démarche intérieure et le cheminement qui l’accompagne. Pas de connaissance sans expérience.
Le hatha yoga est avant tout une pratique. L’expérience ne saurait être communiqué du dehors, il est seulement possible d’inviter à se mettre en route...
Et justement, quand on pratique, est-on homme, femme, énergie féminine, énergie masculine ?...
C’est l’union de ces deux énergies, de ces deux pôles qui constitue le fondement de toute pratique de hatha yoga.
Notre pratique peut être considérée comme un moyen de transcender cette dualité reconnue, acceptée, en se "situant au-delà des paires d’opposés"
comme il est écrit dans la Bhagavad Gitâ et nous révéler notre unité originelle.



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Equilibrer tonicité et lâcher prise

Sthirasukham âsana (Yogasutra de Patanjali 11-46) " âsana, c’est être fermement établi dans un espace heureux " selon la trés belle traduction de Gérard Blitz.
Sthira que l’on peut traduire par ferme, solide, et sukha, la joie, le bonheur, l’aisance.
Pour qu’il y ait âsana, il faut qu’il y ait sthira, la fermeté, mais aussi sukha, l’aisance...
Si lorsque nous pratiquons, nous insistons uniquement sur sthira, on fait alors du "Ha-Ha" yoga, et si nous privigégions uniquement l’aisance, alors c’est du "Tha-Tha "yoga.
Une véritable pratique doit à chaque instant équilibrer la fermeté et l’aisance. Là encore on retrouve les deux pôles...
Si on en renie un, si on en oublie un, ce n’est plus du yoga... Équilibrer à chaque instant, le Ha et le Tha, la fermeté et l’aisance, dans notre pratique, c’est être toujours neuf dans notre expérience...

Selon les jours, on peut avoir une tendance à être un peu plus sthira ou un peu plus sukha...Par une pratique juste de "Ha-Tha Yoga", on va "lier ensemble", équilibrer, reconnaître, accepter, ces deux déterminants qui caractérisent l’humain et par là même nous construire.
Notre façon de vivre, nos choix, nos priorités sont intrinséquement liés à notre pratique de yoga. Dans notre vie quotidienne, on a besoin de solidité, de fermeté, de volonté pour faire les choses, pour se battre face aux difficultés de la vie.
Mais cela ne suffit pas. Si nous ne sommes que sthira, que Ha, il nous manquera l’aisance, le lâcher prise, l’acceptation, sukha, le Tha, tout aussi nécessaire pour accepter les vicissitudes de la vie, tous ces événements non voulus, souvent imprévisibles qu’il nous faut accepter si on veut les surmonter.

Toutes nos pratiques doivent être guidées par cette recherche d’unité... Et pour cela nous avons à notre disposition une multitude "d’outils". Que ce soit dans le choix ou la façon de vivre les âsana, les prânâyâma, les mantra pour certains, toutes les séances de hatha-yoga devraient rechercher cet état d’unité si l’on s’en référe à l’étymologie même du nom de cette discipline.
Et même si on en a conscience, que de piéges nous guettent ! Un exemple : Dés que l’on "fait" une posture, ce n’est plus du yoga... Cela peut être une trés bonne gymnastique, mais puisque "faire" par définition signifie "réaliser hors de soi une chose matérielle" (cf. dictionnaire le Robert),
on comprend à quel point on ne peut pas "faire du yoga"... Le yoga, c’est vivre une expérience, une expérience d’unité. Or, que se passe-t-il, si un marteau piqueur se met en route sur la chaussée à côté de nous, lorsque l’on pratique ?
Le plus souvent, on réagit au bruit, on l’exclut, on le juge, on s’y attache et par là même on se détache de notre pratique. On s’installe dans la dualité avec ses limites, ses jugements et ses souffrances.
Mais admettons que l’on réussisse à intégrer le bruit dissonant dans notre pratique, à l’inclure plutôt qu’à l’exclure.

Simple à dire...

Et pourtant si vous avez déjà vécu cette expérience, vous savez que c’est le chemin pour que s’installe l’état de yoga, l’état d’unité, car ainsi, en intégrant ce bruit dissonant dans notre expérience, on ne crée plus de différenciation entre le monde extérieur et notre monde intérieur.
Dans toutes les traditions où l’on utilise le corps comme moyen d’évolution spirituelle, comme dans le yoga, le zen...
la colonne vertébrale, axe central du corps, représente dans ce processus un élément essentiel.
Avoir un dos droit, où s’équilibre la tonicité et le lâcher- prise pour que s’installe spontanément la méditation...
L’Homme d’aujourd’hui semble déstabilisé, toujours dans la course de l’Avoir et toujours insatisfait. Chercher la réponse en dehors de soi est parfois plus facile que de se tourner vers soi-même...
Et si on se référe à ce "mal du siécle" qu’est le mal de dos, ce n’est peut-être pas sans lien avec ce manque d’unité intérieure...
La gauche et la droite sont deux pôles, physiques, énergétiques et symboliques, qui doivent s’équilibrer, "s’épouser".
Se servir de cette dualité humaine comme d’un moyen pour retrouver l’équilibre entre nos deux pôles masculin et féminin, la tonicité et le lâcher prise, le côté droit et le côté gauche pour que de cette dualité "renaisse" l’état d’Unité Primordiale que chaque être recherche consciemment ou inconsciemment tout au long de sa vie,
c’est le pari de cette pratique...

C’est de nos divisions que nous souffrons. Choisir, c’est accepter d’abandonner quelque chose... Chercher à l’extérieur de soi-même notre bonheur, c’est nous mettre en situation de dépendance, de manque...
Recréer l’état de complétude originelle qui était celui de l’homme avant que les sexes n’aient été différenciés, même si ce n’est que pour quelques minutes, se retrouver Un, c’est échapper, pour quelques instants peut-être, à la souffrance de cette incomplétude...
Et progressivement au fur et à mesure de notre pratique, cet état d’unité se prolonge...

On dit souvent que le yoga est un chemin...



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Quand la suspension respiratoire s’installe spontanément...

Et le prânâyâma est sûrement un des chemins les plus puissants du yoga.
Inspirer, expirer, recevoir le souffle divin puis le rendre, recevoir et offrir...
c’est encore et toujours le monde de la dualité.
Mais quand s’installe spontanément la suspension (à ne pas confondre avec la rétention, qui est en rapport avec le "vouloir"),
on entre dans le monde de l’Unité.
Quand spontanément la suspension respiratoire s’installe, le voile de la dualité disparaît pour qu’apparaisse le "sans nom, sans forme".
Car dés qu’il y a forme ou nom, on entre dans le monde de la comparaison et de la dualité.
La respiration, et plus précisément le prânâyâma, ainsi vécu, devient un véritable guide sprituel qui conduit l’être humain que nous sommes sur le chemin de notre accomplissement.

L’homme qui a percé le mystére de la suspension se situe dans le mystére de l’Un. II n’est plus en lui d’adhésion ou de refus.
il se situe au-delà des contraires. il transcende le monde de la dualité, le monde phénoménal, pour retrouver cet état intemporel où il n’existe ni jour ni nuit, ni soleil ni lune, ni homme ni femme, mais l’Etre primordial...

"Quand il voit que l’existence diversifiée des êtres a ses racines dans l’Unique, et que c’est de Lui que tout procéde, alors il atteint l’Éternel." Bhagavad Gitâ (XIII -30) C’est par cette reconquête de la Plénitude de l’Indivisible que l’Etre humain retrouve sa véritable Essence...

Auteur : Evelyne Sanier Torre



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Les yamas


Yamas et nyamas sont souvent mentionnés ensemble, et représentent en quelque sorte les dix commandements yoguiques.
Les yamas concernent d'avantage les règles sociales (se comporter avec les autres) et les nyamas des règles personnelles (agir envers soi-même).



Ahimsa, la non-violence.


Le concept de non-violence, dans la philosophie indienne, est extrêmement ancien, mais il reste toujours aussi actuel et révolutionnaire.
Gandhi l'a utilisé comme fondement de la lutte pour l'indépendance de son pays et son idée a été reprise dans les années 1960 par Martin Luther King et, dans les années 1980, par Nelson Mandela.

Au long de l'Histoire, les idéologies politiques ou les religions ont rarement attribués une place prioritaire à la notion de non-violence.
Au contraire, brutalité et haine ont souvent été justifiées au nom de principes religieux. il est d'autant plus remarquable que les théoriciens du yoga avaient déjà identifiés dans la non-violence une condition incontournable pour conduire ce que les philosophes contemporains appellent "une vie bonne".

Littéralement, Ahimsa signifie "ne pas blesser", dans le sens d'éviter la violence à tous les niveaux : physique, verbale, mentale, et émotionnelle.

Même si la différence est évidente entre le fait de menacer quelqu'un de le frapper et le frapper réellement, la violence physique est souvent précédée par la violence mentale est verbale.

Toute maltraitance engendre des cycles de haine et d'amertune qui perpétuent la violence.
l'agressivité exercée envers les autres revient vers son auteur, parfois sous une autre forme (rejet, inimitié,mépris). un esprit rempli de haine ne peut être stable et cela rend impossible la pratique du yoga.

Une fois la violence physique éliminée, on peut s'attacher à éliminer la violence verbale. Et on peut poursuivre cet effacement "à rebours", car en évitant d'utiliser des mots blessants, on arrive plus facilement à dépurer le mental de toutes traces d'ire ou d'agressivité.

Enfin, en supprimant les pensées violentes, on parvient à controler les émotions négatives. Pour le pratiquant de yoga, il est fondamental d'éviter tout acte agressif vis à vis d'autrui.

C'est tellement important qu'il s'agit du premier point des yamas.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 3 de Sept/Oct 2011


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Satya, la vérité.


Pratiquer Satya signifie toujours poursuivre la sincérité dans sa vie personnelle et sociale.

Contrairement à une pensée répandue, dire la vérité est plus facile et plus reposant que pratiquer le mensonge.
Pour mentir avec succès, il faut une mémoire parfaite et une grande imagination. Caque mensonge en entraine un autre, et on s'empêtre petit à petit dans un dédale de mensonges dont on n'arrive plus à sortir.
Shakespeare rappelle : "Quelle toile infinie nous tissons quand nous commencons à mentir."

Si mentir use notre énergie, dire la vérité nous nourrit et nous donne du courage. On ne doit rien inventer et rien craindre. Un mensonge en revanche, engendre souvent une culpabilité, un état de malaise qui peuvent modifier notre humeur en nous rendant irritables et insolents, ou arriver jusqu'a la somatisation, sous formes de rougeurs, eczéma, nausée.

Il est vrai qu'il n'est pas toujours aisé de dire la vérité. Dans certaines situations, une attitude trop franche peut être considéré comme une forme de violence. Dans ces cas, il est préférable de se taire, d'autant plus que souvent ce que nous pensons être la vérité n'est en réalité qu'une opinion, une conviction.

Les pratiquants de yoga doivent apprendre à dire la vérité à soi-même et aux autres, tout en respectant leur sensibilité pour ne pas blesser.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 3 de Sept/Oct 2011


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Asteya, ne pas voler.


Cette Recommandation doit être interprétée au sens large, comme une injonction à éliminer de sa vie toutes les tentatives d'appropriation injustifiée et de malhonnêteté vis-à-vis d'autrui.
Ceci ne concerne donc pas seulement les objets, l'argent ou les marchandises, mais aussi, et peut-être même en premier lieu, les valeurs spirituelles, les idées les choix de l'autre.
Le vol comme le mensonge, plonge l'individu dans un êtat de tension, engendre de la culpabilité, tenaille à cause de la peur d'être découvert et confondu.

Même si les médias et les fictions semblent parfois suggérer que menteurs et escrocs finissent toujours par gagner, ceci est rarement vrai dans la vie quotidienne et seulement sur le court terme.
Ces personnes vivent une vie inauthentique et inaboutie. les tensions négatives qui les habitent finissent par les user de façon précoce et les poussent à consommer et à abuser de substances toxiques.

Le pratiquant de yoga doit éviter de voler parceque ce besoin de s'approprier des possessions d'autrui est le signe d'une tension négative qui l'habite.

Voler c'est se blesser et blesser l'autre, en engendrant un cycle sans fin de pensées , émotions, et situations particulièrement négatives et destructrices.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 3 de Sept/Oct 2011


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Bramacharya, la chasteté.


Bramacharya aborde un point délicat dans notre culture hédoniste occidentale: la sexualité.

Ce terme signifie "suivre brahma", le principe divin de l'univers. Dans la cosmologie indienne, l'univers est soumis à une trinité divine: Brahma, le créateur; Vishnou, le garant de la stabilité; Shiva, le temps qui dévore et détruit.
Seulement Vishnou et Shiva sont mariés, tandis que Brahma est célibataire.

Aussi pour atteindre des pouvoirs spirituels et créatifs supérieurs, il faut controler la dispersion de l'énergie sexuelle.

Selon les interprétations les plus strictes, le pratiquant de yoga qui aspire à progresser dans le cheminement vers le Samadhi devrait éviter toute activité sexuelle.

Pour d'autres, il suffit que cette activité soit modérée. Mais on peut aussi lire Brahmacharya dans une perspective contemporaine et actuelle.

Une préocupation constante des yamas est de recommander la distance, le détachement. Une activité sexuelle saine et épanouissante ne serait donc pas un problème en soi. Elle le devient quand elle n'est pas authentique, sincére et satisfaisante, car elle peut engendrer des émotions négatives, encombrer le mental , emprisonner l'individu dans une obsession.

A l'inverse, une sexualité pleinement vécue et en communion profonde avec son partenaire peut contribuer à l'équilibre de l'individu, lui donner stabilité et sérénité, et donc l'aider à clarifier son esprit.
On est alors en parfaite cohérence avec l'esprit de ce Yama.

S'il est vrai qu'un yogi devrait canaliser son énergie sexuelle pour la consacrer à l'activité spirituelle, une vie sexuelle accomplie n'est pas en contradiction avec ce but, elle peut meme en être une condition fondamentale.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 3 de Sept/Oct 2011


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Aparigraha, l'absence de possessivité.


Ce terme désigne le détachement des biens matériels et, de maniere plus générale, l'absence d'avidité.

Nous avons tous tendance, en particulier dans nos sociétés occidentales et opulentes, à acquerir, posséder et conserver des objets.
Ces possesions entrainent souvent une série de problemes: comment les trouver, les payer les protéger de l'avidité d'autrui, jusqu'à comment s'en débarasser.

Aparigraha nous apprend que si l'on cesse de poursuivre l'acquisition de biens matériels, un grand nombre de problemes mentaux et émotionnels disparaissent.

Aparigraha apparait particulierement d'actualité dans le contexte contemporain de danger environnemental et de destruction des ressources naturelles.

Le fil rouge des cinq yamas est donc la notion de détachement : des émotions négatives, par la suppression de la violence; de ses propres illusions par l'acceptation de la vérité; de l'appropriation des biens d'autrui, en refusant le vol; des plaisirs superficiels et excessifs, par le choix de la modération et de la chasteté; de la cupidité, par le refus de la possessivité.

Les Yamas représentent un véritable enseignement éthique. En suivant ce code ou en s'en inspirant, les progres spirituels et les béneéfices de la pratique seront plus aisés et plus profonds.

Une bonne initiation pour entamer le cheminement vers des stades plus élevés du yoga.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 3 de Sept/Oct 2011


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Shaucha, la propreté, la pureté.


On peut établir un parallèle entre shaucha et l'expression latine mens sanas in corpore sano.
Selon la tradition yogique, la poursuite de l'élévation spiriuelle requiert un corps fort et sain.
Lorsque l'on est malade par exemple, on ne peut ni pratiquer les asanas (postures) ni le pranayama (respiration) ni la méditation et donc le cheminement spirituel est entravé ou ralenti.

La propretée recommandé par patanjali, et que l'on retrouve également dans les prescriptions du hatha yoga, cherche à débarrasser le corps des toxines et des énergies négatives. Les pratiques de purification (krya) servent à expulser les déchets produits par le métabolisme, à réduire ou à éliminer la présence de germes pathogènes et à renforcer le système immunitaire.

La propreté physique est en correspondance avec la propreté du mental. D'une part il faut éviter l'alcool, les excès alimentaires, le tabac et les drogues, parce qu'elles intoxiquent le corps et l'esprit.
Toutes ces recommandations sont largement reconnues par la médecine, qui a toujours insisté sur la vertu des régimes alimentaires modérés. D'autre part, il ne faut pas s'abandonner à la violence ni au sexe sans respect et à la critique malveillante envers les autres ou envers soi.

Sur ce front plus spirituel, la pshychologie contemporaine a confirmé les intuitions des yogis. Nous sommes en large partie ce que nous pensons. Les pensées violentes ou négatives ont un impact sur notre vie, sur nos relations et sur notre corps.
D'oû la grande sagesse, mais aussi le profond bon sens de Shaucha : purifier autant le corps que l'esprit.


Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 4 de Nov/Déc 2011


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Santosha, le contentement.


Exposée dans les "Yoga Sutras" de Patanjali, santosha, le contentement, fait partie des cinq niyamas, qui décrivent plus spécifiquement les attitudes que l'on adopte envers soi-même : "santosha, le sentiment de contentement, est le fondement du bonheur, de la "joie suprême"("Yoga Sutra" II-42).
Patanjali nous encourage ici à perfectionner notre aptitude à être satisfait, même en l'absence des objets, personnes, circonstances, émotions désirés (c'est-à-dire qui plaisent au mental).
En effet, l'assouvissement des désirs nous donne du bonheur... pour un temps limité, suivi de l'escalade des désirs pour continuer à "être heureux".

Notre civilisation consumériste est largement fondée sur ce mode de fonctionnement. Et finalement, sommes-nous plus heureux avec tous nos "avoirs" ?
La proposition n'est pas "d'avoir ou ne pas avoir"... pour être heureux, mais plutôt de cultiver un état d'être d'où jaillit une joie profonde et durable.
Cela n'implique pas de fuir les objets ou les circonstances qui nous plaisent !

Et dans notre vie quotidienne ?

Il s'agit donc surtout de cultiver la pensée positive, de savoir se réjouir de l’instant présent : une notion très moderne en psychologie et développement personnel, issue pourtant de la science du Yoga qui a plus de 2000 ans !

Une façon de souligner l'universalité du Yoga en tant que système complet de développement de l'être, héritage humain des générations passées, et qui nous concerne tous aujourd'hui.

La séance de yoga est un bon terrain d'entraînement pour la pratique du contentement : vis-à-vis de soi-même, bien sûr, quand ce corps ne veut pas prendre la posture suggérée par le prof avec détente et souplesse, est-ce que je peux rester souriant et heureux, accepter mon corps tel qu'il est aujourd'hui ?

Et plutôt que de se cristalliser sur nos manques et nos défauts (trop ci, pas assez ça), se réjouir de ce que l'on a atteint en donnant le meilleur de nous-même, car quel que soit l'état initial, on peut toujours progresser.
Mais aussi vis-à-vis du groupe : par exemple ne pas se laisser déranger (énerver ?!) par un(e) retardatair(e) qui s'installe bruyamment à côté de moi, prend tout son temps pour sortir son tapis, alors que j'étais prêt(e) à décoller pour le samadhi, dans un état de parfaite méditation !

Lorsque les circonstances nous sont favorables, il est plus facile d'être content.

C'est lorsque nous sommes confrontés à des situations stressantes que l'enseignement du yoga prend tout son sens, qui nous encourage à vivre en intimité avec notre être profond, à ne pas se laisser déranger par les circonstances extérieures.
C'est l'état intérieur avec lequel nous abordons la vie qui fait d'un événement une raison de se réjouir ou de se lamenter.

La pratique d'exprimer sa gratitude, à nous-mêmes d'abord, mais également aux autres, et surtout à notre source, est la première étape du contentement.

santosha peut d'ailleurs se concevoir comme la pratique active de la gratitude pour la vie qui nous est donnée.

Le contentement est à notre disposition dès aujourd'hui, exactement tels que nous sommes, telles que nos vies se déroulent à chaque instant, et ne nécessite aucune circonstance particulière.
Ce n'est pas quelque chose en dehors de nous-mêmes à laquelle nous devons aspirer ou que nous voulons atteindre.

Alors... en toutes circonstances, soyons optimistes !



Auteur Inconnu


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Tapas, la discipline.


Ce terme désigne le réchauffement corporel engendré par l'activité et par la pratique. Il est aussi souvent traduit avec le mot "austérité". La chaleur purifie.
Tapas désigne par exemple, les exercices physiques et respiratoires de production de chaleur interne pratiqués par les ascètes pour résister aux hivers hymalayens.
De cette manière, la sobriété permet de brûler les toxines du corps et de l'esprit.

Avoir une discipline ne signifie pas pour autant soumettre son corps à des pratiques extrêmes
Certes, observer un court jeûne peut être utile et bénéfique. Mais s'astreindre à des privations de nourriture fréquentes et prolongées peut générer d'avantages de problèmes que d'avantages.

Pratiquer des asanas deux à trois fois par semaine apporte un vrai bébéfice au corps et à l'esprit. En revanche, pratiquer tous les jours plusieurs heures d'affilée peut endommager les articulations et priver le corps de l'énergie pour les autres activités de la vie.

Dans certaines situations, une pratique très intense peut avoir un sens, pour un sportif qui veut obtenir des résultats de haut niveau par exemple, ou un mystique qui sent une forte vocation.
Des cas exceptionnels ou il est recommandable d'être prudent pour éviter des dommages physiques.

Rappelons que d'autres commentateurs donnent une interprétation plus large de Tapas qui s'appliquerait alors à toute forme d'engagement pratique, que ce soit sur le tapis ou dans la vie.



Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 4 de Nov/Déc 2011


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Swadhyaya, l'étude de soi.


Ce terme désigne l'étude de soi, le fait d'apprendre à se connaitre, et également, selon d'autres interprétations, la récitation à soi, c'est-à-dire l'exécution quotidienne d'un mantra ou d'un texte sacré appris par coeur.
Svadhyaya se traduit aussi par "étude" tout court, que cela concerne soi-même et ses comportements ou les textes traditionnels.
Le yoga est une science avec une forte orientation pratique. Son message est à la fois scientifique et expérimental.

Il invite à une forme de connaissance directe, en proposant de pratiquer une posture et de ressentir soi-même ce qui se passe dans le corps et dans le mental.

Dans le Yoga Pradipika il est dit: "Celui qui pratique aura du succès, celui qui ne pratique pas ne l'aura pas. Lire des livres de yoga n'est pas suffisant. Le succès dans le yoga ne peut être atteint ni en endossant les habits appropriés ni en en parlant."

La pratique devient alors étude de soi-même (le seul être dont nous pouvions avoir une expérience directe).
En transformant l'enseignement théorique des textes traditionnels en actions quotidiennes, nous pouvons obtenir un enseignement qui est issu de l'expérience.

En réunissant les trois significations principales attribués au mot "Svadhyaya", on retrouve le sens de l'exhortation gravée au fronton du temple de delphes: "Connais-toi toi-même".

Svadhyaya est donc l'invitation à se connaitre soi-même, à observer le déroulement de sa propre vie, en s'inspirant des écritures traditionnelles du yoga, et en premier lieu du texte de patanjali qui, selon de nombreux auteurs, aurait préfiguré de nombreuses découvertes de la psychologie actuelle.



Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 4 de Nov/Déc 2011


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Ishwara-pranidhana, se rendre à la volonté de dieu.


Littéralement "dévouement total au seigneur", le sens de ce nyama est proche de la celèbre chanson des beatles, let i be, "Laisse que cela soit".

C'est l'acceptation de ce qui arrive, dans ses implications actives et passives.

l'interprétation passive évoque le fatalisme résigné de celui qui se laisse balloter par les courants de l'existence, en se limitant, si possible à surnager.

L'interprétation active propose de s'engager au mieux de ses propres possibilités, en acceptant sans regret le résultat de ses actions et en le dédiant dans tous les cas au principe divin de l'univers.

Cette idée peut être illustrée par une métaphore qui évoque une manière de gérer une contrainte de type naturel. Imaginons devoir traverser à la nage un cours d'eau animé par un fort courant.

On pourrait choisir de nager vigoureusement en ligne droite, d'un bord a l'autre, en s'opposant à la poussée latérale du courant. Cette technique est très fatigante et ne peut réussir que si nous sommes des nageurs entrainés.

l'autre méthode consiste à nager en diagonale, dans le sens du courant. Dans ce cas le courant n'est plus un obstacle, il nous aide même en partie à nager plus vite. Il faut bien sur nager plus longtemps, car le parcours diagonal est plus long que la ligne droite, mais l'objectif est d'arriver sur l'autre rive sain et sauf, sans risquer de se noyer au milieu de la rivière, épuisé par l'effort d'avoir voulu vaincre le courant.



Ce texte est extrait de la revue Esprit yoga Numéro 4 de Nov/Déc 2011


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Bibliographie



Les grands classiques : (Irremplaçables mais pas toujours facile à lire)

Les yogas sutras de patanjali
hatha-yoga-pradipika
la Bhagavad-Gita



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